Le 12 avril 2026, la Hongrie a tourné une page politique majeure. Après seize années de pouvoir ininterrompu de Viktor Orban et du Fidesz, le parti Tisza, mené par Peter Magyar, a remporté les élections législatives avec une majorité suffisante pour gouverner sans coalition. Au-delà des chiffres, ce basculement traduit un changement profond dans la société hongroise, perceptible jusque dans les villages les plus modestes du pays.

Pour comprendre ce que cette victoire signifie concrètement, sur le terrain et dans les esprits, nous avons échangé avec Laurent Marchal, journaliste français installé à Budapest depuis 2018. Il a suivi la campagne du parti Tisza pendant près de six mois, des premiers meetings ruraux jusqu’à la nuit électorale. Cet entretien restitue son expérience de terrain.

Laurent Marchal, correspondant à Budapest
Laurent Marchal
Journaliste correspondant à Budapest depuis 2018
Couvre l'Europe centrale pour la presse francophone.
Sophie Rivet : Laurent, quelle est l'ambiance à Budapest le lendemain du scrutin ?
Laurent Marchal : C'est une ambiance que je n'ai jamais ressentie ici en huit années. Le 13 avril au matin, je suis sorti très tôt dans le quartier de Ferencváros, où j'habite. Les terrasses de cafés étaient déjà pleines, alors qu'il faisait encore frais. Les gens parlaient politique à voix haute, ce qui est un changement notable dans une ville où, depuis dix ans, on baissait souvent la voix pour évoquer le Fidesz.

Place Kossuth, devant le Parlement, des centaines de personnes étaient venues spontanément. Pas pour une manifestation organisée, juste pour être là, prendre des photos, discuter. Il y avait beaucoup de jeunes, mais aussi des familles avec enfants, des personnes âgées. J’ai vu une dame d’environ soixante-dix ans pleurer en parlant à un journaliste de la télévision hongroise. Elle disait : “Je n’y croyais plus, je pensais mourir avec Orban au pouvoir.”

Ce qui m’a frappé, c’est l’absence de triomphalisme agressif. Pas de scènes de liesse démesurée, pas de provocations envers les électeurs du Fidesz. Plutôt un soulagement profond, presque grave. Comme si le pays prenait conscience de l’ampleur du changement avant de célébrer.

En revanche, les rues de la périphérie ouvrière étaient plus calmes. Là, le Fidesz a longtemps dominé, et le résultat est encore difficile à digérer pour une partie des habitants. C’est cette Hongrie à deux vitesses qui sera l’un des grands défis de Magyar.

Sophie Rivet : Comment Tisza a-t-il transformé le paysage politique en deux ans seulement ?
Laurent Marchal : En 2024, quand Magyar a fondé Tisza, beaucoup d'analystes considéraient qu'il s'agissait d'un coup médiatique sans avenir. Il était un ancien insider du Fidesz, marié à une ex-ministre de la Justice, et son rejet du système paraissait suspect à gauche comme à droite. Les sondages le donnaient à dix ou douze pour cent au mieux.

Ce qui a changé la donne, c’est sa capacité à transformer l’opposition fragmentée en un mouvement unifié. Pendant quinze ans, le Fidesz avait prospéré sur la division de ses adversaires : socialistes, libéraux, écologistes, Jobbik repenti, tout le monde se battait pour des miettes. Magyar a imposé une logique simple : un seul vote anti-Fidesz, et ce vote sera pour Tisza.

Il a aussi compris quelque chose que la gauche traditionnelle hongroise n’avait jamais saisi : on ne bat pas Orban en parlant uniquement de démocratie libérale aux urbains diplômés. Il faut parler de corruption concrète, de routes mal entretenues, de médecins qui partent à l’étranger, d’écoles qui manquent de chauffage. Magyar a fait du très terrain, du porte-à-porte, des marches dans les villages avec un drapeau hongrois sur le dos.

Et puis il y a eu un travail médiatique remarquable. Tisza a contourné les médias publics verrouillés par le Fidesz en utilisant Facebook, YouTube et TikTok. Magyar publiait des vidéos quasi quotidiennes, parfois improvisées, parfois très travaillées. C’est devenu un rendez-vous pour des millions de Hongrois.

Sophie Rivet : Sur le terrain, qui sont les militants Tisza ?
Laurent Marchal : Très divers. C'est même l'une des forces du mouvement. Je pense à Eszter, une enseignante de quarante-cinq ans rencontrée à Debrecen, qui n'avait jamais milité politiquement avant. Elle distribuait des tracts dans les marchés le samedi matin avec son mari, ingénieur informaticien. Pour elle, le déclic a été la dégradation continue du système éducatif, le manque de manuels scolaires, les classes surchargées.

Je pense aussi à Daniel, un jeune de vingt-trois ans de Pécs, qui m’a expliqué pendant deux heures ses motivations. Il est de famille catholique conservatrice, vote traditionnellement à droite. Il s’est engagé parce qu’il en avait assez de voir les amis de son père quitter le pays pour travailler en Autriche ou en Allemagne. “Je ne veux pas partir aussi”, m’a-t-il dit. “Je veux que ce pays mérite que j’y reste.”

Et puis il y a les anciens du Fidesz, qui forment une part importante des cadres locaux de Tisza. Des gens qui ont milité pour Orban dans les années 2000 et 2010, et qui se sont sentis trahis par la dérive du parti. Eux apportent une connaissance fine du terrain, des réseaux dans les administrations locales, une légitimité auprès des électeurs ruraux.

Le seul profil qui manque, c’est celui des très jeunes urbains les plus idéologisés, qui votent davantage pour les écologistes ou les nouveaux partis de gauche. Mais Tisza n’avait pas besoin d’eux pour gagner.

Sophie Rivet : Comment Tisza a-t-il fait campagne dans les zones rurales acquises au Fidesz ?
Laurent Marchal : C'est l'un des aspects les plus intéressants de cette campagne. Pendant des années, l'opposition avait abandonné les campagnes hongroises au Fidesz, considérant que ces électeurs étaient définitivement perdus. Magyar a fait l'inverse : il y a passé énormément de temps.

J’ai suivi une de ses tournées dans le comitat de Békés, au sud-est, en novembre 2025. Il s’est arrêté dans des villages de huit cents habitants où aucun candidat national n’était venu depuis vingt ans. Le format était toujours le même : pas de meeting solennel, mais une rencontre dans la salle des fêtes ou même sur la place de l’église, avec des chaises en plastique, du café et des biscuits.

Magyar laissait les gens parler longtemps. Une heure, parfois deux. Il écoutait les plaintes sur les routes, les hôpitaux fermés, les jeunes partis. Il ne promettait pas de miracles. Il disait simplement : “Le Fidesz vous a oubliés. Nous ne vous oublierons pas.” Et il prenait note, vraiment, dans un carnet en cuir qu’il avait toujours sur lui.

Ce travail patient a payé. Dans certains villages traditionnellement Fidesz à soixante-dix pour cent, Tisza a obtenu trente-cinq ou quarante pour cent. Ce n’est pas une majorité, mais c’est suffisant pour faire basculer beaucoup de circonscriptions au mode majoritaire.

Il faut aussi mentionner le rôle des médecins de campagne, des instituteurs, des propriétaires de petits commerces qui ont relayé le message Tisza dans leur cercle. Ce sont des figures de confiance dans les villages hongrois, et leur prise de parole publique a donné une légitimité locale au mouvement.

Meeting électoral Tisza place de Héros

Sophie Rivet : Le Fidesz a-t-il accepté la défaite, ou y a-t-il eu des contestations ?
Laurent Marchal : La nuit du 12 au 13 avril a été tendue. Pendant plusieurs heures, le Fidesz a refusé de reconnaître les premiers résultats, parlant d'irrégularités, de fraudes présumées, de besoins de recomptages. Orban lui-même n'est apparu publiquement qu'après trois heures du matin, et son discours était sombre, agressif, sans concession. Il n'a pas félicité Magyar.

Mais dans les jours qui ont suivi, la position du Fidesz a évolué. La Cour constitutionnelle, pourtant largement composée de juges nommés par le pouvoir sortant, a validé les résultats sans contestation majeure. La Commission électorale, idem. Il n’y a eu aucun fait probant à faire valoir.

Ce qui a sans doute pesé, c’est aussi la pression internationale. Bruxelles a rappelé rapidement que toute remise en cause des résultats entraînerait des conséquences immédiates sur les fonds européens déjà gelés. Washington, malgré la proximité idéologique entre Orban et l’administration républicaine, n’a pas soutenu une contestation. Et au sein même du Fidesz, des voix se sont élevées pour demander une transition ordonnée, conscientes que toute déroute ouverte affaiblirait le parti pour les années à venir.

Aujourd’hui, le Fidesz prépare une opposition parlementaire structurée. Orban reste président du parti, mais des figures plus jeunes commencent à se positionner pour l’après. Le mouvement n’est pas mort, loin de là, mais il devra se réinventer.

Sophie Rivet : Comment les médias hongrois, publics et privés, ont-ils couvert la campagne ?
Laurent Marchal : Très mal, pour la plupart. Les médias publics, financés par l'État et contrôlés par des proches du Fidesz, ont mené une campagne quasi quotidienne contre Magyar. Reportages à charge, montages biaisés, accusations récurrentes de servir des intérêts étrangers. Pendant six mois, j'ai vu des journaux télévisés où Magyar n'était jamais nommé autrement que comme "le candidat des Bruxellois" ou "l'agent étranger".

Les médias privés proches du pouvoir, comme certains quotidiens et chaînes populaires, ont suivi la même ligne. Ils représentent encore aujourd’hui une part majoritaire du paysage médiatique hongrois en termes d’audience, surtout dans les régions rurales.

Face à cela, les médias indépendants ont fait ce qu’ils ont pu avec des moyens limités. Telex, 444, HVG ont fait du travail rigoureux, mais leur audience reste minoritaire. RTL Klub a maintenu une ligne professionnelle, ce qui n’était pas évident sous la pression du régulateur audiovisuel.

L’erreur stratégique du Fidesz, c’est d’avoir cru que ces attaques médiatiques fonctionneraient comme en 2018 ou 2022. Mais entre temps, les Hongrois ont appris à se méfier des médias publics. Beaucoup ne les regardent même plus. Et les jeunes s’informent quasi exclusivement sur les réseaux sociaux, où Tisza a écrasé le Fidesz en termes d’engagement.

Pour aller plus loin sur la chute du Fidesz et le contexte du scrutin, je renvoie aux résultats détaillés des élections hongroises 2026 qui documentent la dynamique nationale.

Sophie Rivet : Quel rôle ont joué les réseaux sociaux dans la victoire de Tisza ?
Laurent Marchal : Un rôle décisif, j'en suis convaincu. Magyar a compris quelque chose que ni Orban ni l'opposition traditionnelle n'avaient saisi : les réseaux sociaux ne sont pas un complément à la campagne, ils sont la campagne, en tout cas pour les moins de cinquante ans.

Concrètement, l’équipe de Magyar a investi des moyens considérables dans la production de contenus vidéo. Des courtes capsules pour TikTok, des lives réguliers sur Facebook, des vidéos plus longues et travaillées pour YouTube. Tout était pensé pour les codes de chaque plateforme, sans copier-coller paresseux.

J’ai rencontré, à Budapest, l’équipe communication de Tisza : une vingtaine de jeunes entre vingt-cinq et trente-cinq ans, dont plusieurs avaient travaillé pour des agences de publicité ou des chaînes de télévision privées avant. Très professionnels, très réactifs. Ils pouvaient sortir une vidéo de réaction à un événement politique en moins de deux heures.

Le Fidesz, lui, restait sur des codes datant des années 2010 : panneaux d’affichage, spots télévisés, communiqués de presse formels. Ces outils ne touchent plus les électeurs jeunes, qui pourtant constituent une part importante du basculement de cette élection.

Au-delà de la production, il y a eu un travail de mobilisation horizontale impressionnant. Des groupes Facebook locaux, des chats Telegram par village, des réseaux d’ambassadeurs bénévoles qui partageaient les contenus dans leurs cercles. C’est une organisation très américaine dans son fonctionnement, importée et adaptée au contexte hongrois.

Café Budapest avec journaux du jour

Sophie Rivet : La diaspora hongroise, notamment en Transcarpatie ukrainienne, a-t-elle voté ?
Laurent Marchal : C'est un sujet sensible et très révélateur. Pendant des années, le Fidesz a bénéficié massivement du vote des Hongrois de l'étranger, en particulier en Transylvanie roumaine, en Voïvodine serbe, et dans une moindre mesure en Transcarpatie ukrainienne. Ces communautés, qui bénéficient de la double nationalité hongroise depuis 2010, votent traditionnellement par correspondance et à plus de quatre-vingt-dix pour cent pour le Fidesz.

Cette année, plusieurs choses ont changé. D’abord, la participation de la diaspora a baissé, surtout en Transcarpatie où la guerre, le risque sécuritaire et l’incertitude logistique ont découragé de nombreux électeurs. Ensuite, même dans les zones traditionnellement acquises au Fidesz, on a observé une légère mais réelle progression de Tisza, signe que le mécontentement face à la politique d’Orban touchait aussi les communautés hongroises de l’étranger.

En Transcarpatie en particulier, la position d’Orban sur la guerre en Ukraine, perçue comme ambiguë voire complice de Moscou, a dérangé une partie de la communauté hongroise locale, qui vit au contact direct du conflit. La frontière entre la Hongrie et l’Ukraine, dont je parle plus en détail dans cet article sur la frontière Hongrie-Ukraine, est une zone de complexités identitaires que les chiffres bruts du scrutin ne traduisent pas.

Pour ceux qui s’intéressent à cette région transfrontalière et à ses paysages, je recommande de jeter un œil aux propositions de voyage en Ukraine, qui permettent d’appréhender concrètement ces espaces de contact entre les deux pays.

Sophie Rivet : Quels sont les premiers signaux concrets envoyés par Magyar à l'UE et à l'Ukraine ?
Laurent Marchal : Très rapidement, Magyar a multiplié les gestes symboliques forts. Dès le 14 avril, il a passé un appel téléphonique avec la présidente de la Commission européenne. Le 15, il rencontrait l'ambassadrice d'Ukraine à Budapest, geste impensable sous Orban depuis trois ans. Le 16, il annonçait la nomination prochaine d'un envoyé spécial pour la réconciliation avec Kiev.

Sur le plan institutionnel, l’équipe de Magyar travaille déjà sur la levée des blocages hongrois sur les sanctions européennes contre la Russie et sur l’aide à l’Ukraine. C’était le principal point de friction entre Budapest et Bruxelles ces dernières années, et il pourrait disparaître dans les semaines qui viennent.

Concernant les fonds européens gelés, environ vingt milliards d’euros, les premiers signaux de Bruxelles sont prudents mais positifs. La Commission attend des réformes concrètes sur l’État de droit avant tout déblocage, et Magyar a annoncé un plan en cent jours qui devrait donner des gages : réforme de la procédure de nomination des juges, audit des marchés publics, renforcement de l’agence anti-corruption.

Le calendrier ne sera pas immédiat. Réalistement, les premiers fonds devraient être débloqués en fin d’année 2026 si tout se passe bien. Mais le simple fait qu’un dialogue constructif soit possible change déjà l’atmosphère à Bruxelles. J’ai parlé à plusieurs diplomates européens cette semaine, ils sont visiblement soulagés.

Sophie Rivet : Quelles sont les inquiétudes des Hongrois face à la transition ?
Laurent Marchal : Plusieurs, et il faut les prendre au sérieux. La première concerne l'économie. Le Fidesz a maintenu pendant des années une politique de subventions aux ménages : plafonnement des prix de l'énergie, treizième mois de retraite, allocations familiales généreuses. Beaucoup de Hongrois craignent que Tisza, sous pression budgétaire et avec la nécessité de respecter les critères européens, soit obligé de revoir ces dispositifs à la baisse.

La deuxième inquiétude porte sur la sécurité énergétique. La Hongrie dépend encore très largement du gaz russe, transporté via le pipeline TurkStream. Magyar a annoncé vouloir diversifier les sources, mais cela prendra du temps et coûtera cher. En attendant, les hivers prochains pourraient être tendus, notamment si Moscou décide de se venger en jouant sur les approvisionnements.

Troisième inquiétude : l’immigration. Le Fidesz a construit son discours sur le rejet de l’immigration depuis 2015, et ce thème reste sensible dans une partie de l’opinion. Magyar n’a pas annoncé de révolution sur ce sujet, mais ses adversaires lui prêtent déjà l’intention de remettre en cause la politique d’asile. Il devra être très prudent dans sa communication pour ne pas perdre les électeurs centristes qu’il vient de conquérir.

Enfin, il y a une inquiétude plus diffuse, plus existentielle. Après seize ans de Fidesz, beaucoup de Hongrois ne savent plus très bien ce que serait une Hongrie “normale”. Les institutions ont été profondément transformées, les habitudes ancrées. La transition ne sera pas seulement politique, elle sera psychologique. Ça prendra des années.

Pour comprendre le profil personnel de l’homme qui pilote cette transition, je renvoie au portrait de Peter Magyar qui complète utilement cet entretien.

Sommaire

  1. Questions rapides : les idées reçues
  2. Conclusion : les 3 choses à retenir

Questions rapides : les idées reçues

Pour aller à l’essentiel, voici quelques affirmations que l’on entend souvent depuis le 12 avril, évaluées par Laurent Marchal.

“Le Fidesz est mort politiquement” : NUANCE. Le parti a perdu le pouvoir mais conserve environ trente-cinq pour cent des voix, une présence territoriale importante et un électorat fidèle. Il sera la principale force d’opposition. La transition vers une nouvelle direction prendra du temps, mais le Fidesz n’a pas dit son dernier mot.

“Budapest a voté massivement Tisza” : VRAI. Dans la capitale, Tisza a obtenu plus de soixante-cinq pour cent des voix dans plusieurs arrondissements centraux. Les quartiers périphériques ouvriers ont moins basculé, mais l’ensemble de Budapest a clairement opté pour le changement. Pour découvrir la ville qui a porté ce vote, voir notre guide complet de Budapest.

“Les campagnes ont voté Fidesz” : NUANCE. C’est encore vrai dans les villages les plus petits et les plus âgés, mais Tisza a fait des percées significatives dans les villes moyennes (Debrecen, Szeged, Pécs, Miskolc) et dans certaines campagnes où la corruption locale était devenue insupportable. Le clivage urbain-rural existe mais s’est atténué.

“L’OTAN va être renforcée en Hongrie” : VRAI. Magyar a annoncé vouloir augmenter la contribution hongroise à l’OTAN, accueillir davantage d’exercices conjoints et envisager la présence permanente d’unités alliées sur le territoire. C’est un changement majeur par rapport à l’attitude réservée, voire obstructionniste, du Fidesz.

“Les Russes vont fermer le robinet du gaz” : NUANCE. Moscou n’a aucun intérêt à fermer brutalement, car cela couperait ses revenus. Mais des manipulations de prix, des retards d’approvisionnement, des “incidents techniques” sont possibles. Magyar devra accélérer la diversification, mais aucune crise majeure n’est imminente.

“Les fonds européens vont être débloqués rapidement” : NUANCE. Bruxelles a salué le changement mais exige des réformes concrètes avant tout déblocage. Les premiers fonds pourraient arriver en fin d’année 2026 si les réformes sur l’État de droit progressent. Pas avant.

“Magyar va couper les ponts avec Moscou” : NUANCE. Il va clairement durcir la position hongroise, soutenir les sanctions et l’aide à l’Ukraine, mais il évitera une rupture totale tant que la dépendance gazière existe. Une normalisation prudente, pas un alignement américain pur et dur.

Conclusion : les 3 choses à retenir

Pour terminer, Laurent Marchal nous livre les trois leçons essentielles à retenir de cette campagne et de cette victoire historique de Tisza.

Premièrement, la Hongrie n’a pas voté pour un programme détaillé, elle a voté contre la corruption et l’isolement. C’est un mandat de transition, pas un mandat idéologique. Magyar devra rapidement transformer ce mandat négatif en projet positif, sous peine de décevoir.

Deuxièmement, la campagne Tisza est un cas d’école de modernisation politique en Europe centrale. Combinaison de terrain rural traditionnel, de communication digitale offensive et d’unification de l’opposition autour d’un seul véhicule électoral. Cette recette pourrait inspirer d’autres oppositions dans la région, en Slovaquie ou en Serbie notamment.

Troisièmement, le plus dur commence maintenant. Gouverner avec une administration façonnée par seize ans de Fidesz, restaurer des institutions affaiblies, réconcilier un pays divisé, tout cela prendra des années et ne se fera pas sans erreurs ni reculs. Les premiers cent jours seront déterminants pour fixer la trajectoire et la crédibilité du nouveau pouvoir.