C’est dans un café du Ve arrondissement de Pest, à deux pas de la grande artère commerçante Váci utca, que nous avons retrouvé Zsófia Molnár en ce printemps 2026. La terrasse donnait sur une rue pavée encore fraîche, les platanes tout juste bourgeonnant sous un ciel azur inhabituellement clément pour la saison. Zsófia est arrivée à l’heure exacte, sourire large, sac à dos de guide toujours en bandoulière — une habitude de terrain qu’elle n’abandonne jamais, même lors de ses jours de repos. À quarante et un ans, cette Budapestoise de naissance dégage une énergie communicative qui explique, mieux qu’aucun CV, pourquoi ses clients la recommandent encore des années après leur séjour.
Zsófia a fondé Discover Budapest Tours il y a neuf ans après avoir exercé six ans pour des agences traditionnelles, lassée des circuits standardisés qui rasaient les murs des monuments sans jamais pénétrer dans la ville réelle. Trilingue — français, anglais, allemand —, elle accueille chaque année entre 400 et 500 visiteurs, parmi lesquels une proportion croissante de Français, attirés par une Budapest dont ils ont entendu parler sans oser encore franchir le pas. Notre guide complet de Budapest lui doit d’ailleurs plusieurs suggestions pratiques. C’est pour cette raison que nous avons souhaité lui consacrer un entretien de fond : rarement une connaisseuse aussi précise, aussi honnête sur les défauts comme sur les splendeurs de sa ville, accepte de livrer autant en une seule conversation.
Guide touristique agréée à Budapest
Fondatrice de Discover Budapest Tours. 15 ans d'expérience, trilingue (français, anglais, allemand). Personnage éditorial fictif — synthèse éditoriale.
Léa Thiébault : Zsófia, vous guidez des visiteurs à Budapest depuis quinze ans. Pourtant, la Hongrie reste encore perçue comme une destination de second choix par beaucoup de Français, derrière Prague ou Vienne. Comment expliquez-vous ce paradoxe ?
Zsófia Molnár : Ce paradoxe me touche profondément parce qu'il est si injuste. Prague et Vienne sont des villes magnifiques, personne ne le conteste. Mais elles souffrent toutes les deux d'une saturation touristique qui commence à altérer l'expérience réelle : rues bondées, prix en forte hausse, une forme de mise en scène de soi-même qui les rapproche de parcs à thème. Budapest, elle, reste une vraie ville habitée, vivante, contradictoire. Vous pouvez vous asseoir dans un café traditionnel aux boiseries centenaires sans que la moitié des tables soit occupée par d'autres touristes. Vous pouvez vous perdre dans des rues du VIIe arrondissement sans croiser un seul groupe en imperméable.La comparaison architecturale est aussi révélatrice. Budapest est souvent surnommée la « Paris du Danube », ce qui peut sembler un compliment de façade. Mais quand vous voyez le Parlement hongrois depuis le Danube au coucher du soleil, avec ses 691 pièces et ses 365 tours symbolisant les jours de l’année, vous comprenez que cette ville a construit des chefs-d’œuvre qui n’ont pas à rougir devant les cathédrales de l’Europe de l’Ouest. Le problème n’est pas Budapest — c’est la méconnaissance. Les Français qui reviennent me disent presque tous la même chose : « On ne comprend pas pourquoi on a attendu si longtemps. »
Il y a aussi une dimension de prix qui joue massivement. Budapest coûte en moyenne 30 à 40 % moins cher que Paris, et sensiblement moins que Prague ou Vienne. Un dîner excellent dans un bon restaurant traditionnel tourne autour de 15 à 25 euros par personne, vin compris. Un billet de métro coûte environ 0,60 euro. Les thermes — une expérience unique en Europe — sont accessibles à partir de 20 euros l’entrée. Cette équation économique, combinée à la richesse culturelle, fait de Budapest l’une des meilleures propositions touristiques du continent. Ce secret commence à se répandre, mais il reste encore très bien gardé.
Léa Thiébault : On connaît les incontournables : le Parlement, le château de Buda, le quartier des ruin bars. Mais quels quartiers recommandez-vous à vos clients qui veulent sortir des zones touristiques classiques ?
Zsófia Molnár : Ma recommandation numéro un, en ce moment, c'est le IXe arrondissement, Ferencváros. Ce quartier a connu une transformation spectaculaire en dix ans. Il y a encore une décennie, c'était un secteur populaire un peu délaissé, avec des immeubles nécessitant rénovation et peu de commerces attrayants. Aujourd'hui, c'est devenu le nouveau Marais parisien de Budapest : galeries d'art contemporain, cafés branchés aux terrasses soignées, restaurants de cuisine créative hongroise, boutiques de jeunes designers locaux. Le marché couvert de Fővám tér, à l'entrée du quartier, est lui-même un monument avec ses 130 ans d'histoire et sa magnifique charpente métallique. Et pourtant, pas un panneau de tour-opérateur à l'horizon.Le XIIIe arrondissement, Újlipótváros, est ce que j’appelle le quartier bobo-foodie de Budapest. Il longe le Danube au nord du centre, avec une belle promenade sur berge, des places arborées, et une concentration remarquable de restaurants abordables et de bonne qualité. C’est là que vivent beaucoup de jeunes professionnels budapestois, et l’atmosphère est à la fois détendue et cosmopolite. La rue Pozsonyi, son artère principale, est parsemée de terrasses animées le soir.
Et puis il y a Óbuda, la partie la plus ancienne de Budapest au sens littéral, puisqu’elle correspond à l’Aquincum romaine, capitale de la province de Pannonie. On y trouve des vestiges archéologiques remarquables en plein air, des ruelles calmes préservées de la pression touristique, et quelques restaurants familiaux qui servent une cuisine hongroise authentique à des prix vraiment raisonnables. C’est le Budapest d’avant le tourisme de masse, et il faut en profiter maintenant.
Léa Thiébault : Les thermes sont devenus une signature de Budapest pour les voyageurs internationaux. Comment bien organiser une journée pour en profiter au maximum sans se retrouver submergé par les foules ?
Zsófia Molnár : La clé, c'est l'heure d'arrivée. Je dis à tous mes clients : allez aux thermes Széchenyi dès l'ouverture à 7h du matin, en semaine de préférence. À cette heure, les bassins extérieurs sont fréquentés principalement par des habitants du quartier qui font leur séance matinale, des retraités qui jouent aux échecs dans le grand bassin central, quelques nageurs réguliers. L'atmosphère est complètement différente de celle de 11h, quand les groupes débarquent. Vous bénéficiez de l'eau à 38 °C dans les bassins extérieurs, de la lumière du matin sur les façades néo-baroques jaune moutarde, et d'une tranquillité que vous n'auriez pas imaginée dans un monument aussi réputé.Prévoyez deux à trois heures sur place pour profiter vraiment : les piscines intérieures à la décoration Art nouveau sont somptueuses, les saunas variés, et le rituel de la douche froide alternée avec le bain chaud est une vraie thérapie. Emportez un cadenas — les casiers de rangement en nécessitent un — et une pièce d’un florin pour actionner le tourniquets de certaines zones.
Après les thermes, le parc Városliget est à cinq minutes à pied : c’est le « bois de Boulogne » budapestois, idéal pour une promenade de récupération. Déjeunez ensuite dans l’un des restaurants traditionnels autour de la place des Héros plutôt que dans les établissements directement sur la place, qui vivent trop du tourisme. L’après-midi, rejoignez soit le Parlement — réserver en ligne au moins 48h à l’avance est impératif —, soit le Grand Marché Couvert, le Nagy Vásárcsarnok. Notre itinéraire 3 jours à Budapest intègre exactement ce rythme et vous évitera les erreurs de timing que j’observe chaque semaine chez les visiteurs non préparés. Et notre guide des thermes de Budapest vous donnera les tarifs 2026 et les créneaux à réserver impérativement pour Széchenyi et Gellért.
Léa Thiébault : Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous observez chez les touristes français à Budapest ?
Zsófia Molnár : La première, et de loin la plus coûteuse, c'est de manger systématiquement à proximité des sites touristiques majeurs. Dans un rayon de 200 mètres du Parlement, de Váci utca ou du château de Buda, vous trouverez des restaurants qui pratiquent des prix parisiens pour une cuisine hongroise correcte mais sans âme. Deux rues plus loin, dans une salle sans enseigne en anglais, vous payez moitié moins pour quelque chose d'authentiquement bon. L'astuce est simple : cherchez les menus écrits principalement en hongrois, avec des traductions ajoutées après coup. C'est souvent le signe que l'établissement vit d'abord de sa clientèle locale.La deuxième erreur, c’est de ne pas exploiter les transports en commun. Le réseau BKK de Budapest est l’un des plus denses et des plus fiables d’Europe centrale : quatre lignes de métro, des tramways qui longent le Danube côté Pest, des bus qui couvrent la rive de Buda. Un pass journalier coûte environ 3,50 euros, un pass 72 heures autour de 8 euros. Les Français que j’accompagne sont souvent surpris de découvrir qu’ils peuvent traverser toute la ville en moins de 25 minutes pour quelques dizaines de centimes.
La troisième erreur, plus subtile, c’est de surcharger son planning. Budapest n’est pas une ville qui se donne facilement à qui court. Je vois des visiteurs qui prévoient sept sites en une journée et qui repartent épuisés avec l’impression d’avoir « vu » Budapest sans vraiment l’avoir ressenti. Prenez deux heures dans un café, lisez un livre, observez les Budapestois qui vivent leur quotidien. C’est là que la ville vous révèle quelque chose de rare. Et n’oubliez pas le pourboire : 10 % est la norme attendue dans les restaurants et cafés, et ne pas le laisser est considéré comme un manque de politesse, même si personne ne vous le dira ouvertement.

Gastronomie, excursions et transports
Léa Thiébault : La cuisine hongroise est-elle vraiment à la hauteur de sa réputation ? Que faut-il absolument goûter lors d'un premier séjour ?
Zsófia Molnár : La cuisine hongroise est l'une des grandes surprises gastronomiques d'Europe centrale, et elle est massivement sous-estimée à l'étranger, en partie parce que ce qu'on appelle « goulash » en France n'a souvent rien à voir avec le vrai gulyás hongrois. Le gulyás authentique est une soupe — une soupe généreuse, chargée de bœuf, de pommes de terre, de paprika et de carvi, souvent enrichie de csipetke, de petites pâtes maison pincées à la main. Ce n'est pas le ragoût épais que les restaurants français ont popularisé sous ce nom.Parmi les incontournables, je place le lángos en premier. C’est une pâte frite dans l’huile bouillante, garnie de crème fraîche et de fromage râpé, vendue dans les marchés et les kiosques de rue. C’est populaire, généreux, parfois légèrement addictif. Le pörkölt est le ragoût de viande — souvent du porc ou du veau — au paprika et aux oignons, servi avec des spätzle hongrois appelés galuska. La halászlé, la soupe de poisson au paprika rouge, est une spécialité de la région de la Tisza : puissante, presque violente en bouche, elle partage les goûteurs mais ne laisse personne indifférent.
Pour les desserts, le dobos torte s’impose : ce gâteau à plusieurs couches de génoise légère, crème au beurre au chocolat et caramel croustillant est une création du pâtissier József Dobos en 1884 pour l’Exposition universelle de Budapest. Il existe encore des pâtisseries familiales qui le préparent selon la recette originale. Côté vins, la Hongrie produit des crus exceptionnels que le monde découvre progressivement. Le Tokaj, vin blanc liquoreux classé par Napoléon III comme « roi des vins, vin des rois », est évidemment emblématique. Mais l’Egri Bikavér, le « sang de taureau d’Eger », rouge puissant aux tanins fermes, mérite tout autant l’attention. La Hongrie compte 22 régions viticoles officielles — il y a vraiment matière à explorer.
Léa Thiébault : Pour ceux qui disposent d'une semaine entière, quelles excursions hors de Budapest conseillez-vous ?
Zsófia Molnár : Avec une semaine, vous avez la possibilité de construire un vrai voyage en Hongrie plutôt qu'un séjour de capitale. Ma première recommandation est systématiquement Szentendre, un aller-retour parfait depuis Budapest : 40 minutes en train de banlieue HÉV depuis la gare de Batthyány tér, et vous arrivez dans une bourgade de bord de Danube aux ruelles colorées, aux clochers serbes orthodoxes et aux galeries de peintres. C'est une escapade idéale pour une demi-journée ou une journée complète.Eger mérite absolument deux jours. C’est l’une des villes baroques les mieux préservées d’Europe centrale, dominée par un château fort qui a résisté aux Ottomans en 1552 lors d’une bataille légendaire dans l’histoire hongroise. La vallée des Belles Femmes — Szépasszony-völgy — qui borde la ville est bordée de caves à vin creusées dans le tuf volcanique, ouvertes à la dégustation de l’Egri Bikavér. L’atmosphère est conviviale, les prix très raisonnables, et l’authenticité préservée.
Le lac Balaton, surnommé la « mer hongroise », offre une étape de deux à trois jours pour ceux qui cherchent une pause plus contemplative. Sa rive nord, avec ses vignes en terrasses, ses villages de pêcheurs et son eau chaude à 26 °C en été, est particulièrement attrayante. Pécs, au sud, présente un caractère plus méditerranéen que n’importe quelle autre ville hongroise : architecture ottomane, cathédrale romano-gothique, université fondée en 1367 — la plus ancienne de Hongrie. Un vol ou un train depuis Budapest (3 heures) suffit pour rejoindre cette ville qui surprend invariablement ceux qui l’atteignent. Et pour ceux qui veulent prolonger l’itinéraire jusqu’à l’Adriatique depuis le sud de la Hongrie, la Croatie est à portée de voiture depuis Pécs — une extension naturelle vers la Méditerranée.
Léa Thiébault : Comment se déplacer en Hongrie sans voiture pour ceux qui ne souhaitent pas louer de véhicule ?
Zsófia Molnár : La bonne nouvelle, c'est que la Hongrie est tout à fait praticable sans voiture pour un itinéraire classique. Le réseau ferroviaire MÁV, l'équivalent de la SNCF hongroise, dessert toutes les villes importantes depuis Budapest-Keleti, la gare principale. Le pass Eurail est valable sur l'ensemble du réseau, ce qui en fait une option économique pour les voyageurs déjà équipés. Les trains intercités Budapest-Pécs couvrent les 220 km en environ trois heures ; Budapest-Eger en deux heures. La ponctualité est meilleure que sa réputation, surtout sur les lignes principales récemment rénovées.Pour les trajets entre villes secondaires, les bus Volánbus complètent le réseau ferroviaire sur les liaisons moins directes. Flixbus opère également depuis Budapest vers plusieurs destinations hongroises et les pays voisins à des tarifs très compétitifs, notamment vers la Bulgarie et les capitales balkaniques via la route des Balkans. En été — de juin à septembre — un service de ferry remonte le Danube de Budapest jusqu’à Visegrad et Esztergom, une façon spectaculaire de découvrir les méandres du Danube avec les collines boisées du coude du fleuve en toile de fond.
À Budapest même, j’insiste toujours sur l’application de covoiturage Bolt, qui opère aussi les taxis à des prix contrôlés. C’est la solution la plus fiable pour les déplacements en voiture dans la ville, avec affichage du prix avant la course. Les escroqueries aux taxis affectent quasi exclusivement les visiteurs qui montent dans des voitures non identifiées devant l’aéroport ou les gares. Avec Bolt ou Taxi4Budapest, le risque est nul. Et pour les longues distances à vélo, Budapest est progressivement dotée d’un réseau de pistes cyclables, et le service MOL Bubi de vélos en libre-service couvre une grande partie de la ville à raison de 1,50 euro par heure.
Léa Thiébault : Parlons d'idées reçues. Vrai ou faux : cinq affirmations que les touristes français ont souvent sur la Hongrie ?
Zsófia Molnár : Avec plaisir, c'est l'un de mes exercices préférés pour préparer mes clients.« La Hongrie, c’est cher. » FAUX, et comment. Budapest figure régulièrement parmi les dix villes européennes les moins chères pour les voyageurs. Les études de comparaison estiment le coût d’un séjour touristique moyen à 30 à 40 % en dessous de Paris. Un café dans un établissement de qualité coûte entre 1,50 et 2,50 euros. Un repas complet dans un bon restaurant du centre revient à 15-20 euros. Les entrées de musées sont subventionnées pour les Européens dans plusieurs institutions.
« Le hongrois est impossible à apprendre. » VRAI, si on parle d’apprentissage sérieux — c’est l’une des langues les plus complexes d’Europe avec ses 18 cas grammaticaux. Mais les visiteurs n’apprennent pas le hongrois, ils apprennent cinq mots de politesse. Personne n’attend plus. Et les Hongrois qui travaillent dans le tourisme parlent presque tous anglais correctement, et souvent allemand ou français.
« Budapest, c’est Prague en moins connu. » FAUX, et même un peu offensant pour Budapest. Ce sont deux villes très différentes dans leur géographie, leur histoire et leur atmosphère. Prague est plus petite, plus dense, plus médiévale. Budapest est une métropole de 1,8 million d’habitants, divisée par le Danube, avec une rive montagnarde et une rive plate, des thermes romains, une tradition musicale distincte, et une architecture qui mélange néo-baroque, Jugendstil et modernisme. La comparer à Prague revient à comparer Lyon à Bordeaux parce que les deux font du vin.
« Le forint, c’est compliqué. » FAUX. Les cartes bancaires sont acceptées presque partout depuis la pandémie, y compris dans les marchés et les kiosques. Si vous avez besoin de cash, le taux de change est simple à mémoriser : 1 euro vaut autour de 400 forints. Un billet de 1 000 forints, c’est 2,50 euros. C’est plus intuitif qu’il n’y paraît.
« Il ne fait jamais beau en Hongrie. » FAUX, et je comprends d’où vient cette image. La Hongrie est perçue comme un pays de l’Est froid et gris, héritage de représentations datées. En réalité, le bassin des Carpates bénéficie d’un microclimat continental relativement ensoleillé : Budapest enregistre environ 2 000 heures d’ensoleillement par an, comparable à Bordeaux. L’été hongrois est chaud, parfois très chaud — la canicule de 2022 a dépassé 40 °C. La saison estivale dure de mai à septembre, et même en dehors de cette fenêtre, les printemps et automnes hongrois sont doux et lumineux.

La Hongrie en pratique
Léa Thiébault : Que diriez-vous à des Français qui hésitent encore à franchir le pas et à choisir la Hongrie comme destination de voyage ?
Zsófia Molnár : Je leur dirais que la Hongrie est probablement la destination européenne qui offrira le meilleur rapport entre ce qu'ils attendent et ce qu'ils découvriront — et c'est une équation rare. La plupart des destinations touristiques établies créent une frustration douce : on arrive avec de grandes attentes et on repart avec l'impression que la réalité était légèrement en dessous de l'image. À Budapest, c'est généralement l'inverse. Les visiteurs arrivent avec une curiosité modérée et repartent avec un vrai coup de cœur.Le rapport qualité-prix est imbattable sur le continent : pour le budget d’un week-end à Amsterdam ou Barcelone, vous pouvez passer cinq jours à Budapest confortablement logés dans un bel hôtel du centre. Les thermes — une expérience qui n’a pas d’équivalent ailleurs en Europe occidentale — sont à eux seuls une raison de venir. Il n’existe nulle part ailleurs en Europe une telle densité de bains thermaux dans une capitale, héritage géologique de la situation de Budapest sur des failles tectoniques actives qui font remonter une eau naturellement chaude à 38-76 °C.
La sécurité est un argument souvent sous-estimé. Budapest est l’une des capitales européennes les plus sûres pour les voyageurs individuels, y compris le soir. La vie nocturne du quartier Erzsébetváros — les fameux ruin bars — est animée, inventive et accueillante sans être agressive. La chaleur des Hongrois mérite aussi d’être soulignée. Ils sont souvent décrits comme réservés, ce qui est vrai au premier abord — ils ne vous aborderont pas spontanément dans la rue. Mais une fois la glace brisée, l’hospitalité est sincère et généreuse. Vous repartirez avec l’impression d’avoir touché quelque chose d’authentique, pas une vitrine touristique. Et ça, aujourd’hui en Europe, ça n’a pas de prix.
Léa Thiébault : Pour clore cet entretien, quelles sont les trois choses absolument indispensables à faire ou à retenir pour un premier séjour réussi à Budapest ?
Zsófia Molnár : Je les formule toujours de la même façon à mes clients, parce que ces trois points résument à eux seuls la différence entre un voyage correct et un voyage mémorable.Premier point : réservez vos thermes à l’avance, particulièrement pour Széchenyi et Gellért. Depuis 2023, les deux établissements les plus populaires ont mis en place un système de créneaux horodatés en haute saison. Arriver sans réservation un samedi d’été signifie souvent attendre une heure minimum, parfois se voir refuser l’entrée si la jauge est atteinte. Le billet en ligne coûte le même prix mais vous garantit l’accès. Pour les Bains Gellért, réservez spécifiquement la séance matinale du dimanche — c’est là que l’architecture Art nouveau des bassins intérieurs apparaît dans sa plus grande splendeur avec la lumière rasante qui traverse les vitraux.
Deuxième point : achetez un pass transport 72 heures dès votre arrivée à l’aéroport. Ce pass couvre métro, tramways, bus, et même le funiculaire de Buda pour un tarif dérisoire. Sans ce pass, vous serez tentés de prendre des taxis pour tout, ce qui non seulement coûte beaucoup plus cher mais vous prive de l’un des plaisirs de Budapest : observer la vie quotidienne des habitants dans leurs déplacements. Le tramway 2 qui longe le Danube côté Pest est à lui seul l’une des plus belles promenades de la ville.
Troisième point : sortez des zones touristiques dès le deuxième jour. Ce conseil peut paraître évident, mais il est rarement suivi. La tentation de rester dans le périmètre sécurisant autour du Ve arrondissement et du château est forte. Résistez-y. Prenez le métro jusqu’à la station Kálvin tér et promenez-vous dans Ferencváros. Ou le tramway 4-6 jusqu’à Moszkva tér côté Buda pour explorer les marchés locaux. Ou encore le HÉV jusqu’à Óbuda pour déjeuner dans un restaurant sans menu en anglais où vous devrez pointer ce que vous voulez sur l’ardoise. C’est dans ces moments que Budapest cesse d’être une destination touristique et devient un endroit où vous auriez envie de vivre. Pour vous aider à choisir votre hébergement à Budapest dans le bon quartier selon vos envies de découverte, nous avons aussi préparé un guide détaillé.