Márk Horváth nous accueille dans un café en terrasse de la Kiraly utca, la grande rue piétonne de Pécs, avec deux expressos et un sourire qui dit que cette ville lui appartient un peu. Il est guide touristique indépendant depuis 12 ans, certifié par le ministère hongrois du Tourisme, spécialiste du sud de la Hongrie et de la région Baranya. Avant de se spécialiser dans le tourisme culturel, il a étudié l’histoire ottomane à l’Université de Pécs — et ça se sent dans sa façon de vous faire traverser les siècles au coin d’une rue.

Nous l’avons rencontré en mai 2026, quelques semaines après les élections hongroises d’avril 2026 et la victoire historique de Peter Magyar, pour parler de ce que ça change pour les voyageurs — et de sa ville, Pécs, que la plupart des étrangers ignorent à tort.

Márk Horváth, guide touristique à Pécs
Márk Horváth
Guide touristique certifié indépendant, Pécs
12 ans d'expérience dans le sud de la Hongrie et la région Baranya. Spécialiste du patrimoine ottoman, de l'art nouveau de Pécs et de la gastronomie du vignoble Villány.

Entretien conduit par Claire Vásárhelyi, rédactrice voyage.


Sommaire

  1. Hongrie 2026 — le pays est-il différent après les électio...
  2. Pécs — la ville méconnue du sud hongrois
  3. Pourquoi explorer la Hongrie au-delà de Budapest en 2026
  4. La Baranya — gastronomie, vin et artisanat du sud hongrois
  5. Les 3 conseils de Márk pour voyager en Hongrie en 2026

Hongrie 2026 — le pays est-il différent après les élections ?

Q Claire Vásárhelyi : Les élections d'avril 2026 ont bouleversé la politique hongroise. Est-ce que ça change quelque chose pour un voyageur étranger qui arrive aujourd'hui ?
Márk Horváth Pour la logistique du voyage ? Rien n'a changé. Le réseau de train MÁV fonctionne pareil, les hôtels sont ouverts, les restaurants servent le même gulasch. Mais l'atmosphère, oui — quelque chose a changé. Je le vois dans mes groupes depuis quelques semaines. Les Hongrois sourient davantage dans la rue. Il y a une légèreté qui revient, surtout à Budapest et dans les villes universitaires comme Pécs. Après 16 ans où une partie de la population vivait avec un sentiment d'oppression politique croissante, une soupape s'est ouverte.

Pour les voyageurs étrangers, particulièrement ceux qui avaient hésité à visiter la Hongrie ces dernières années pour des raisons politiques — l’image d’un pays qui dérivait vers l’illibéralisme — c’est une invitation à reconsidérer. La Hongrie reste la Hongrie : magnifique, abordable, gastronomiquement riche, thermalement dotée. Mais elle ressemble désormais davantage à ce que les Hongrois ont toujours voulu être : un pays ouvert à l’Europe.

Q Claire Vásárhelyi : Y a-t-il un regain d'intérêt touristique lié au changement politique ?
Márk Horváth Indéniablement. J'ai reçu depuis avril un nombre inhabituel de demandes de la part de journalistes, de blogueurs voyage et de tour-opérateurs étrangers qui veulent "couvrir la Hongrie post-Magyar." Il y a un intérêt narratif — un pays qui vient de changer radicalement de direction après 16 ans, ça attire. Mais au-delà du récit politique, les gens découvrent (ou redécouvrent) que la Hongrie est simplement une destination extraordinaire. Le changement politique a joué le rôle d'un signal pour des voyageurs qui ne connaissaient la Hongrie que de nom.

Ce qui me réjouit le plus, c’est que cet intérêt nouvellement éveillé va souvent au-delà de Budapest. Les gens cherchent à comprendre le pays dans sa profondeur — et ça, ça profite à des villes comme Pécs, Eger, Győr.


Pécs — la ville méconnue du sud hongrois

Q Claire Vásárhelyi : Vous vivez à Pécs depuis toujours. Pourquoi pensez-vous que les voyageurs étrangers la ratent si souvent ?

Centre historique de Pécs Hongrie, rue commerçante piétonne Kiraly utca, maisons baroques colorées jaune et ocre, terrasses de café animées, lumière d'été

Márk Horváth Parce que Budapest est magnétique et que les circuits standards n'ont pas de temps pour la province. On fait Budapest, Balaton, peut-être Eger, et on rentre à Paris. Pécs est à 200 km au sud de Budapest — 2h30 de train — et pourtant peu de circuits organisés la incluent. C'est une anomalie géographique.

Pécs est pourtant l’une des villes les plus riches culturellement de Hongrie. Elle a été successivement romaine (Sopianae, capitale de Pannonie), ottomane (150 ans de domination), hongroise, et elle a longtemps eu une importante communauté germanique danubienne. Ces couches se lisent dans les monuments : une cathédrale romane sur des fondations romaines, la plus grande mosquée ottomane préservée en Europe centrale, des maisons baroques à façades germaniques, et une tradition d’art nouveau avec la manufacture Zsolnay. En une matinée de marche, vous traversez 2 000 ans d’histoire.

Q Claire Vásárhelyi : La mosquée Gázi Kászim Pasha — c'est vraiment le monument le plus impressionnant ?
Márk Horváth C'est le monument le plus singulier, oui. Et le plus chargé symboliquement. Cette mosquée a été construite au XVIe siècle par les Ottomans, sur les fondations d'une église gothique qu'ils avaient démolie. Quand les Ottomans ont été chassés en 1686, les Hongrois l'ont reconvertie en église catholique — ils ont rajouté une façade baroque par-dessus l'architecture ottomane originale. Résultat : un bâtiment schizophrène magnifique, avec un dôme central ottoman, un minaret latéral, et un autel catholique à l'intérieur.

Pour moi qui ai étudié l’histoire ottomane, c’est le bâtiment le plus fascinant de Hongrie. Pas le plus grand, pas le plus beau — mais le plus porteur de sens historique. C’est le résumé architectural de ce que la Hongrie a traversé en deux siècles.


Pourquoi explorer la Hongrie au-delà de Budapest en 2026

Q Claire Vásárhelyi : Pour quelqu'un qui connaît déjà Budapest — pourquoi aller dans les villes de province ?
Márk Horváth Parce que Budapest n'est pas la Hongrie. C'est sa vitrine, sa tête, son poumon — mais pas son cœur. Le cœur, c'est dans les villes de province qu'on le trouve. À Eger, dans les caves à vins. À Hortobágy, sur la Puszta avec les csikós. À Pécs, dans les ruelles ottomanes où une fontaine baroque surgit au coin d'une allée. À Sopron, dont le centre médiéval a survécu intact parce que la Seconde Guerre mondiale l'a épargné.

Les villes de province hongroises ont quelque chose que Budapest n’a plus tout à fait : elles ne sont pas encore tout à fait conscientes de leur potentiel touristique. Les gens y vivent, pas juste pour les voyageurs. Les restaurants ont des menus en hongrois seulement. Les marchés vendent aux locaux. Cette authenticité-là, c’est ce que les voyageurs les plus exigeants cherchent aujourd’hui — et ça, la Hongrie de province le donne sans effort.


La Baranya — gastronomie, vin et artisanat du sud hongrois

Q Claire Vásárhelyi : La région Baranya autour de Pécs — qu'est-ce qu'elle offre au voyageur slow ?
Márk Horváth La Baranya est la région la plus méridionale de Hongrie, au confluent des influences hongroise, serbe, croate et germanophone danubienne. Cette richesse culturelle se retrouve dans la gastronomie d'abord : les kuglóf (gâteaux danubiens), les šišo piquants d'influence serbe, les fromages de brebis des collines de Baranya. Et bien sûr le Villány — le vin.

Le vignoble de Villány, à 30 km au sud de Pécs, est la région viticole la plus méridionale de Hongrie et l’une des plus ensoleillées du pays. On y produit essentiellement des rouges puissants — cabernet franc, cabernet sauvignon, merlot, shiraz — dans un style méditerranéen qui surprend pour cette latitude. Les domaines Bock, Gere Attila et Takler sont des références qui exportent désormais à l’international.

Vignobles de Villány Hongrie, rangées de ceps en automne sur colline argileuse rouge, château vitivinicole en arrière-plan, ciel dramatique orangé

Pour les artisans locaux, le village de Mohács (25 km de Pécs, sur le Danube) est connu pour ses masques de carnaval busójárás — des masques rituels sculptés en bois que les villageois portent lors du carnaval de février pour “chasser l’hiver”. Ces masques sont classés au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO depuis 2009. On les trouve chez des artisans locaux pour 30–80 €.

Q Claire Vásárhelyi : Questions rapides sur la Hongrie 2026 — quelques idées reçues à corriger ?
Márk Horváth Volontiers.

“La Hongrie c’est Budapest et rien d’autre.” FAUX. Budapest est extraordinary, mais le pays a 20 villes qui valent le détour et des régions naturelles uniques (Puszta, massif du Bükk, Zemplén).

“Tout le monde parle anglais en Hongrie.” VRAI à Budapest et dans les sites touristiques majeurs. FAUX en province. Un peu de hongrois de base (köszönöm = merci, jó napot = bonjour) sera toujours apprécié.

“La Hongrie est dangereuse en période post-électorale.” ABSOLUMENT FAUX. Aucun incident, aucune tension de rue. La transition politique se déroule de façon ordonnée. Le Quai d’Orsay ne signale aucune alerte.

“Le forint c’est compliqué.” LÉGÈREMENT VRAI pour les conversions mentales (400 HUF ≈ 1 €). Mais les cartes de paiement sont acceptées partout sauf dans les petits marchés ruraux. Emporter 20 000 HUF en cash suffit pour une semaine en province.

“La cuisine hongroise c’est lourd et gras.” FAUX en 2026. La gastronomie hongroise a considérablement évolué : des chefs jeunes réinterprètent les classiques avec légèreté. La gastronomie hongroise contemporaine surprend agréablement.


Les 3 conseils de Márk pour voyager en Hongrie en 2026

Márk Horváth Premier conseil : prenez le train. Le réseau ferroviaire hongrois MÁV est moins glamour que le TGV français, mais il fonctionne, il est abordable (Budapest–Pécs : 12 €) et il vous met en contact avec les vraies gens du pays. Les voyageurs qui font tout en voiture de location ratent quelque chose.

Deuxième conseil : choisissez une ville de province pour au moins 3 nuits. Pas juste en transit — pour vivre dedans. Eger, Pécs, Győr, Kecskemét. Trouver une panzió, apprendre à commander au restaurant en hongrois, se perdre dans les rues sans objectif. C’est là que la Hongrie se révèle.

Troisième conseil : ne confondez pas le changement politique avec une raison d’hésiter. La Hongrie en 2026 est une destination en renouveau — culturellement vivante, politiquement apaisée, économiquement accessible. C’est exactement le bon moment pour venir. Et intégrer Pécs dans un circuit hongrois est plus facile qu’on ne le pense.


Pour aller plus loin, notre article sur le slow tourisme en Hongrie décrit 10 façons de voyager en profondeur dans le pays. Et pour comprendre le contexte politique qui change l’image de la Hongrie à l’étranger, notre dossier sur comment ce changement politique affecte le tourisme apporte les éléments de fond.

À 250 km au sud de Pécs, la Slavonie croate et ses forêts danubiennes font une suite naturelle à un séjour en Baranya — découvrir la Croatie autrement. Mais Pécs mérite bien ses deux jours avant de passer la frontière : cette ville aux couches ottomanes, romaines et baroques est une des surprises les plus sincères que la Hongrie a à offrir.